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	<title>Christophe Donner</title>
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		<title>Les vacheries de Jean Coqueteau</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Aug 2011 14:44:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Donner</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En mai 1958, Jean Cocteau écrit dans son journal : « Il est probable que la relecture de ce cahier qui s’achève me donnerait envie de le détruire et reflèterait une période déplaisante. Mais on ne retouche pas à sa guise ce qui peut rendre défavorable une image de soi. Ce serait trop commode. » [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-997" href="http://www.christophe-donner.com/alaune/les-vacheries-de-jean-coqueteau/attachment/estate_of_herbert_list_jean_cocteau_919_55"><img class="aligncenter size-full wp-image-997" title="Estate_of_Herbert_List_Jean_Cocteau_919_55" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/07/Estate_of_Herbert_List_Jean_Cocteau_919_55.jpg" alt="" width="315" height="400" /></a></p>
<p>En mai 1958, Jean Cocteau écrit dans son journal : « Il est probable que la relecture de ce cahier qui s’achève me donnerait envie de le détruire et reflèterait une période déplaisante. Mais on ne retouche pas à sa guise ce qui peut rendre défavorable une image de soi. Ce serait trop commode. » Beau courage, et belle ironie des éditions Gallimard de publier, l’année de leur centenaire, ce Passé défini.<br />
C’est à la campagne, dans le Midi, chez un ami éleveur de chiens où ma femme m’a poussé à prendre quelques jours de vacances, fuyant ainsi la grêle du mois de juillet à Paris que je suis tombé sur le défavorable ouvrage. A sa publication, en mai dernier, je l’avais vite refermé, craignant le crépuscule d’une idole (Le Sang d’un Poète, Les Enfants terribles...)</p>
<p><a href="http://www.christophe-donner.com/alaune/les-vacheries-de-jean-coqueteau"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>
<p>Mais là, ce gros volume était posé sur la table du jardin, corné, annoté, et avec une rage, au feutre rouge, des soulignages, des commentaires, mon ami éleveur de chiens, s’était littéralement acharné sur le texte, jusqu’à lui trouver un sous-titre, « ou les mémoires du concierge du Miramar », qu’il ne s’était pas gêné d’écrire, au feutre noir, sur la couverture, avec le dessin d’un visage au regard halluciné, comme ahuri par tant de bêtise, de vanité, et de solitude.<br />
« Tout le monde parle de Butor, écrit en effet Cocteau. Je voudrais le lire, mais je ne sais quoi m’en empêche. Ces genres de d’obstacles instinctifs ne trompent jamais. J’ai toujours lu ou vu ce qu’il fallait voir ou lire. » Commentaire de mon ami : « Bravo ma fille. »<br />
A propos du président Coty et du prince de Monaco qui l’honorent de leur visite à la chapelle de Villefranche : « ils savent que c’est moi, en les recevant, qui les honore. » Commentaire : « Pauvre type. »<br />
Et toujours à propos de la chapelle : « C’est la cinquième personne (avec la princesse André qui ose parler de la Sixtine et me dire que la chapelle est plus petite mais l’émotion aussi grande. » Commentaire : « Dingue. »<br />
Un peu plus loin : « S’il existait un autre poète que moi, hypothèque Cocteau, ça se saurait. » Commentaire : « Au fou ! »<br />
L’impitoyable éleveur de chiens ne pardonne pas non plus les faiblesses intimes de l’Académicien opiomane. En marge de cette rêverie : « Comme chaque dimanche, j’ai répondu aux lettres. Edouard (Dermit) peignait la grande toile au bouquet de fleurs de pommiers », il commente : « Ça doit être joli. » Il faut dire que Cocteau n’y va pas avec le doc de la cuillère à khôl quand, devant la toile achevé de son « Doudou » de peintre, il se demande « en toute franchise, si ce n’était pas le plus beau tableau du monde. » Là, il n’y a plus de commentaire.</p>
<p><a rel="attachment wp-att-996" href="http://www.christophe-donner.com/alaune/les-vacheries-de-jean-coqueteau/attachment/dermit_edouard-jardin30010157_20030311_5042_244"><img class="aligncenter size-full wp-image-996" title="dermit_édouard-jardin~300~10157_20030311_5042_244" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/07/dermit_édouard-jardin30010157_20030311_5042_244.jpg" alt="" width="300" height="250" /></a><br />
Voilà en quoi sont précieux les amis qui vivent à la campagne : ils prennent le temps de lire et dénichent pour vous les perles. Comme celle-ci : « Pas l’ombre d’invention chez le jeune Saint Laurent, nigaud à lunettes dont la presse parle comme s’il était un grand poète ou un grand peintre. »<br />
Mais c’est quand il parle de Picasso que Cocteau perd la mesure. L’incompréhension de son œuvre le dispute à l’envie de sa gloire, il juge la fresque de Vallauris hideuse, compare sa peinture à celle des singes, et « on dira ce qu’on veut mais à l’heure actuelle personne, même pas Picasso, n’est capable de dessiner comme moi. »<br />
Il lui arrivait donc de traverser les miroirs sans réfléchir.<br />
<iframe src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=lesedumo-21&#038;o=8&#038;p=8&#038;l=as1&#038;asins=2070122530&#038;ref=qf_sp_asin_til&#038;fc1=000000&#038;IS2=1&#038;lt1=_blank&#038;m=amazon&#038;lc1=0000FF&#038;bc1=000000&#038;bg1=FFFFFF&#038;f=ifr" style="width:120px;height:240px;" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" frameborder="0"></iframe></p>
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		<title>Divan le terrible chez les Audouard</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Aug 2011 08:10:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Donner</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Faudra-t-il que j’écrive un jour le livre de la mort de mon père, de ma mère, comme pour conclure le parcours des figures qui s’impose à l’écrivain ? Si je voulais y échapper, en allant contre ce qui trop automatiquement m’inspire, il me faudrait ne plus écouter les sirènes que sont le chagrin, la morale, les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-985" href="http://www.christophe-donner.com/alaune/divan-le-terrible-chez-les-audouard/attachment/1664588"><img class="aligncenter size-medium wp-image-985" title="1664588" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/07/1664588-300x168.jpg" alt="" width="300" height="168" /></a><a rel="attachment wp-att-986" href="http://www.christophe-donner.com/alaune/divan-le-terrible-chez-les-audouard/attachment/20040322-obs8457"><img class="aligncenter size-medium wp-image-986" title="20040322.OBS8457" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/07/20040322.OBS8457-294x300.jpg" alt="" width="294" height="300" /></a></p>
<p>Faudra-t-il que j’écrive un jour le livre de la mort de mon père, de ma mère, comme pour conclure le parcours des figures qui s’impose à l’écrivain ? Si je voulais y échapper, en allant contre ce qui trop automatiquement m’inspire, il me faudrait ne plus écouter les sirènes que sont le chagrin, la morale, les souvenirs, leur tourner le dos et suivre d’autres chants, les muses féroces, jeunes et aimantes de la beauté. Nulle charme dans la mort que l’écriture, mais elle se débrouille avec tout.</p>
<p>Antoine Audouard écrit sur son père qui fut écrivain, et je cherche quels sont les écrivains dont les pères l’étaient aussi. Dumas, Daudet, Guitry, rivaux complexes, génies transmis on ne sait par où ni en quoi. Mais des fils écrivains qui deviennent l’éditeur de leur père : je ne sais pas. C’est le cas d’Antoine Audouard, qui attend le dernier manuscrit que son père Yvan, très âgé, lui a promis. Ce roman terminal sera le meilleur, celui qu’il n’a jamais osé écrire. Le fils le réclame, mais discrètement pour ne pas ajouter la culpabilité à l’impuissance, avec tout de même assez d’insistance pour lui montrer qu’on ne l’oublie pas.</p>
<p>Beau parleur, chroniqueur infatigable de son époque, pilier du Canard Enchaîné, Yvan Audouard caressait-il l’espoir qu’ayant perdu la vue et ne rencontrant plus personne, les mots contraints par cette solitude obscure allaient se bonifier, prendre toute la mesure de l’être auquel il savait n’avoir jamais rendu justice par l’écriture ? C’est un peu ce que le fils espère : que le retour du vieux cheval de son écurie soit un chef d’œuvre, un livre qui viendrait contredire la phrase terrible et première de ce <em>Rendez-vous de Saigon </em>: « Mon père était un écrivain mineur, qui ne possédait pas même un exemplaire des quelque soixante ou soixante-dix livres qu’il avait écrits. »</p>
<p>Mieux vaut entendre ça qu’être mort, mais justement, il est mort, et le fils s’autorise cette vérité en guise d’hommage.</p>
<p>Sur l’absence quasi absolu des femmes dans ce récit familial, le lecteur se fera une raison à travers la mutation du fils. Antoine devient le père d’Yvan par une sorte d’enfantement éditorial, le narrateur n’étant plus que la chrysalide du livre promis par le père. Un livre auquel le fils substitue le sien, s’appropriant aussi le titre, comme si ce que le père voulait écrire n’était rien d’autre que ce que son fils devait écrire. Quand le fils d’Antoine, prénommé Ivan avec un i, nait quelques jours avant la mort d’Yvan, on s’attend à ce que le récit prenne une tournure romanesque. Mais il glisse vers la psychologie : « Nous sommes (le frère et la sœur), à notre façon, deux enfants uniques engendrés par deux enfants qui l’étaient également. Avec le temps, leurs fantômes sont devenus les nôtres et nous vivons dans les mêmes absences qu’eux. » De la géométrie des gènes à l’astrologie, il n’y a qu’un pas. Il est malheureusement franchi. Mais la question n’est pas, ni l’intérêt du livre. Plutôt dans la tentative insensée, approchée, parfois très belle dans son impossibilité de goûter aux lèvres du père ce goût qu’est le plus fort, la saveur de la mort.</p>
<p>Si le livre d’Antoine Audouard laisse derrière lui comme un parfum d’inachevé, c’est que rien de définitif ne doit s’écrire, et que cette promesse de chef d’œuvre, ce fantasme filial, en guise d’héritage, on peut compter sur Ivan le suivant pour s’en charger.<br />
<iframe src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=lesedumo-21&#038;o=8&#038;p=8&#038;l=as1&#038;asins=2070132919&#038;ref=tf_til&#038;fc1=000000&#038;IS2=1&#038;lt1=_blank&#038;m=amazon&#038;lc1=0000FF&#038;bc1=000000&#038;bg1=FFFFFF&#038;f=ifr" style="width:120px;height:240px;" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" frameborder="0"></iframe></p>
<p><a href="http://www.christophe-donner.com/alaune/divan-le-terrible-chez-les-audouard"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>
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		<title>L&#8217;Amérique en vrai</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Jul 2011 08:01:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Donner</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un des avantages des recueils de nouvelles, c’est le festin de premières phrases. « Mon père est un documentariste raté. » « Aujourd’hui, je conduis Azul, notre étudiant étranger, chez son amant, à l’autre bout de la ville. » « Ma sœur a toujours eu un certain ascendant sur moi. » « Il m’est facile [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-980" href="http://www.christophe-donner.com/alaune/lamerique-en-vrai/attachment/andrew-porter-author-photo-bw-full-width"><img class="aligncenter size-medium wp-image-980" title="Andrew Porter-author photo-B&amp;W.full width" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/07/Andrew-Porter-author-photo-BW.full-width-218x300.jpg" alt="" width="218" height="300" /></a></p>
<p>Un des avantages des recueils de nouvelles, c’est le festin de premières phrases.<br />
« Mon père est un documentariste raté. »<br />
« Aujourd’hui, je conduis Azul, notre étudiant étranger, chez son amant, à l’autre bout de la ville. »<br />
« Ma sœur a toujours eu un certain ascendant sur moi. »<br />
« Il m’est facile aujourd’hui, après ce qui est arrivé à mon frère, de dire que je ne ressentais pas de haine pour lui. »<br />
L’autre avantage, c’est ce portrait de l’Amérique qu’elles peignent. Mais il s’agit plutôt d’un charme, inhérent au genre. En effet, pour lui obéir, chaque nouvelle doit avant tout planter le décor social et affectif dans lesquels les personnages vont évoluer. Or, le décor est toujours le même, l’Amérique, et ce qui ne serait dans un roman qu’un fond de scène est ici mis en relief par la variété des situations, comme autant d’éclairages, d’angles de vue.<br />
« A l’époque, c’était une zone un peu louche, avec quelques bicoques abritant des dealers de crack, quelques immeubles à l’abandon, mais ces dernières années le quartier s’est embourgeoisé, et j’ai remarqué que nos voisins achetaient des voitures plus luxueuses, qu’ils ajoutaient une véranda, voire une piscine, à leur maison. »<br />
Une Amérique familiale, blanche et bourge, en proie à une déréliction effarante, en deuil de quelque chose qui a dû culminer dans les années 50, ce long lendemain de victoire dont les Bush ont anéanti et l’espoir et le mythe.<br />
« L’an passé, Lynn et sa fille Georgia ont remplacé leur pelouse par un nouveau gazon en rouleau – Apparemment il n’y a pas mieux – et on voit la différence. »<br />
<p><a href="http://www.christophe-donner.com/alaune/lamerique-en-vrai"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p><br />
Une Amérique percluse de vices indicibles et qu’il faut bien dire, pourtant. Ce sont ici surtout des histoires d’adolescents, ils ont souvent des liaisons avec leurs professeurs, platoniques ou plus. Les parents se trompent, fatalement, et dans tous les sens du terme, mais l’adultère est moins un péché qu’un léger effondrement moral : on n’est coupable que d’avoir trouvé meilleur refuge ailleurs.<br />
Dans la dernière nouvelle du recueil, la première phrase est moins percutante que les autres : « L’été où il sortit de l’hôpital,  mon père s’installa dans le bungalow familial sur l’île de Maquesett, au large de la côte du Connecticut, et dans mes souvenirs c’est là qu’il vécut durant presque toute mon enfance. » Après avoir une fois de plus planté le décor, le narrateur découvre que sa mère a une liaison avec une amie plus âgée qu’elle. Il n’a rien à dire. Où l’on se rend compte que si l’Amérique superficielle a inventé l’homosexualité pour libérer ses sujets, dans les profondeurs du territoire, cette libération fige les amants, les amantes, dans une torpeur quasi carcérale.<br />
Le décor a envahi la scène, on ne voit plus que l’Amérique, étouffante, épinglée par l’auteur comme un scarabée, dans toute son horreur et sa magie fluorescente, avec cette puissance de fascination que l’écriture taxidermiste d’Andrew Porter ne parvient pas à nous faire détester.<br />
Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point la peinture américaine, de Winslow Homer à Ralph Goings en passant évidemment par Hopper, avait accompagné la littérature américaine. Et comment, en France, après les Fauves, l’écriture et la peinture se sont détachées l’une de l’autre, d’accord pour refuser les genres, oubliant ce décor qui aurait permis aux nouvellistes de montrer la France, et aux figuratifs d’échapper au psychédélique.<br />
<iframe src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=lesedumo-21&#038;o=8&#038;p=8&#038;l=as1&#038;asins=2879297060&#038;ref=tf_til&#038;fc1=000000&#038;IS2=1&#038;lt1=_blank&#038;m=amazon&#038;lc1=0000FF&#038;bc1=000000&#038;bg1=FFFFFF&#038;f=ifr" style="width:120px;height:240px;" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" frameborder="0"></iframe></p>
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		<title>Didier Decoin et les petites filles</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Jul 2011 07:50:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Donner</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Depuis qu’il a écrit le roman d’Alice et Lewis, on sait que Didier Decoin aime les petites filles. On comprend qu’il ait voulu se consoler du drame vécu par le révérend professeur de mathématiques et photographe Charles Lutwidge Dodgson (Alias Lewis Carroll) voyant l’idole enfant sortir de son pays des merveilles pour entrer dans l’hideuse [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-973" href="http://www.christophe-donner.com/bibliographie-de-christophe-donner/livres/didier-decoin-et-les-petites-filles/attachment/didier-decoin_o_roller"><img class="aligncenter size-full wp-image-973" title="Didier-Decoin_O_Roller" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/07/Didier-Decoin_O_Roller.jpg" alt="" width="283" height="282" /></a></p>
<p>Depuis qu’il a écrit le roman d’Alice et Lewis, on sait que Didier Decoin aime les petites filles. On comprend qu’il ait voulu se consoler du drame vécu par le révérend professeur de mathématiques et photographe Charles Lutwidge Dodgson (Alias Lewis Carroll) voyant l’idole enfant sortir de son pays des merveilles pour entrer dans l’hideuse puberté.<br />
Decoin a trouvé, ou inventé un autre photographe, Jayson Flannery, pour se lancer à la poursuite de l’enfant rare, idéal, et contourner avec elle tous les tabous, de la pédophilie à l’inceste, en passant par l’esclavagisme. C’est une petite sioux rescapée du massacre de Wounded Knee qui vit périr sous la mitraille yankee des dizaines de femmes et d’enfants de la tribu Lakota, dans le Dakota du sud. Le scandale d’un massacre n’est pas tant dans l’horreur elle-même (les séismes font aussi bien) que dans ce qui les précède et surtout les suit : la justification des vainqueurs, le silence des témoins.<br />
Jayson Flannery, est veuf, anglais, les clichés qu’il a pris du tuyau de poêle trouvé sous la tente de Big Foot sont censés témoigner de la bienveillance du gouvernement à l’égard des Indiens. Mais le voilà chargé par les officiers du 7ième de cavalerie de photographier les cadavres, scalpés, dépouillés, raidis par le froid, offrant des poses au plus près du trépas : « à la façon dont la nature torsade et noue les arbres. »</p>
<p><a rel="attachment wp-att-974" href="http://www.christophe-donner.com/bibliographie-de-christophe-donner/livres/didier-decoin-et-les-petites-filles/attachment/alice-aux-pays-des-merveilles-portrait4-grand-format"><img class="aligncenter size-medium wp-image-974" title="alice-aux-pays-des-merveilles-portrait4-grand-format" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/07/alice-aux-pays-des-merveilles-portrait4-grand-format-245x300.jpg" alt="" width="245" height="300" /></a><br />
Cette mission accomplie, de passage dans l’église où sont soignés les survivants, notre photographe s’arrête devant deux petites orphelines, viables, et même tout à fait adoptables. Il se fait refiler la plus grande des deux par le Dr Eastman.<br />
« - Vous n’aurez qu’à la remettre à un orphelinat dès votre arrivée en ville.<br />
- Et si je refuse ?<br />
- Eh bien laissez-la. Peut-être qu’un soldat en voudra. Ces filles font des servantes acceptables. Indolentes, mais dures à la tâche. »<br />
Il l’emporte, il n’a pas de servante. Dans le train qui les emmène à New York où ils embarqueront à bord du City of Paris pour Liverpool, la petite sioux, à peine trois ans, à peine parlant, pouilleuse et merdeuse, regarde son sauveur kidnappeur sur sa couchette, plongé dans un  sommeil éthylique, et elle tombe amoureuse.<br />
C’est toujours la même histoire que les écrivains racontent, et plus ils font preuve d’imagination plus on les reconnaît, eux et leurs obsessions, leurs troubles, leurs raisons d’écrire tient aussi à la nécessité de maquiller, d’intriguer et d’imbriquer les désirs aux déceptions, de compenser les impossibilités de vivre aux audaces de les rendre crédibles. C’est dans cette espèce de « travail » que les lecteurs se reconnaissent, enfin je suppose.<br />
Charles Dickens, Lewis Carroll, Arthur Conan Doyle. La misère, la passion, l’intrigue. L’enfance, la photo, la loi. Decoin tisse le scoubidou de sa petite Emily entre la pureté sioux et la sauvagerie victorienne. Il veut nous faire croire qu’en l’adoptant, en l’éduquant, il n’a pas pensé au soir où son animal apprivoisé aurait dix ans, quinze ans, dix-neuf ans. Il veut nous faire croire qu’aveuglé par son veuvage, Jayson Flannery découvre seulement ce soir-là que « sa poitrine et ses cuisses se sont arrondies comme la glaise sous la main du sculpteur qui galbe son vase. » Le lecteur ne demande pas au romancier du crédible mais du désirable. Et en douceur nous faire avaler le fruit défendu : « le voilà son mari à l’âge où il devrait être son père. »<br />
<iframe src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=lesedumo-21&#038;o=8&#038;p=8&#038;l=as1&#038;asins=2234062640&#038;ref=qf_sp_asin_til&#038;fc1=000000&#038;IS2=1&#038;lt1=_blank&#038;m=amazon&#038;lc1=0000FF&#038;bc1=000000&#038;bg1=FFFFFF&#038;f=ifr" style="width:120px;height:240px;" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" frameborder="0"></iframe></p>
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		<title>Assayas, vos papiers!</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Jul 2011 15:57:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Donner</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le prix de l’identité Toujours, ce qu’il y a de mieux dans les romans c’est la scène sur le champ de courses : comme le beurre Bordier sur la table d’un grand restaurant, on peut lui faire confiance. Trop d’écrivains oublient d’écrire cette fameuse scène de l’hippodrome, pourtant aussi indispensable que le baiser dans un thriller. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Le prix de l’identité</h2>
<h2><a rel="attachment wp-att-963" href="http://www.christophe-donner.com/alaune/assayas-vos-papiers/attachment/images-2"><img class="aligncenter size-full wp-image-963" title="images" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/07/images.jpg" alt="" width="300" height="168" /></a></h2>
<p>Toujours, ce qu’il y a de mieux dans les romans c’est la scène sur le champ de courses : comme le beurre Bordier sur la table d’un grand restaurant, on peut lui faire confiance. Trop d’écrivains oublient d’écrire cette fameuse scène de l’hippodrome, pourtant aussi indispensable que le baiser dans un thriller. Michka Assayas qui connaît ses classiques ne l’a pas oubliée, en l’occurrence il ne la rate pas : elle dit tout, elle arrive à la fin, le jour du Prix de Diane. La mère du narrateur a été invitée à cette fête de l’élégance féminine sponsorisée par Hermès. Elle a demandé à son fils de l’accompagner. Elle s’est fait prêter « un très joli chapeau fleuri par la maison Motsch » (filiale d’Hermès). On imagine avec quelle fierté cette Hongroise immigrée, ancienne employée du célèbre sellier, se voit coiffée d’un des symboles les plus extravagants de la culture française, l’écume refroidie des audaces de la Restauration et des fastes du Second Empire. On imagine avec quelle gêne son fils mal peigné, auteur d’un dictionnaire du rock, lui tient le bras, tendresse et crainte du ridicule. Car on suppose que cet ancien d’Actuel et des Inrocks n’a pas encore fondu sa détestation des privilèges dans sa quête d’excellence. Le grand luxe au nom de la préservation du patrimoine artisanal, ça ne passe pas encore. Mais ce jour-là, au bras de sa mère, il tient le choc. Pas pelousards pour un sou, ils traversent la piste pour se rendre au pesage, cette piste qui a vu le triomphe de Poetess (1841) et de Monarque (1887), mais il n’en sait rien, et c’est tant mieux : le jour où il n’y aura plus que des connaisseurs sur les hippodromes, ce sera la fin des courses. Notre galant fils ne voit d’ailleurs pas les chevaux, le nom de l’animal n’apparaît même pas dans la scène. C’est bref, c’est fulgurant. Le représentant de la maison Motsch s’approche pour prendre une photo du joli chapeau fleuri. La maman demande au photographe ce qu’il fait.</p>
<p>- Je prends les chapeaux, madame.</p>
<p>Croyant que le factotum vient reprendre les chapeaux prêtés, docile, elle lui tend le sien.</p>
<p>« Je suis convaincu, écrit Michka Assayas, que pas une de ces grandes dames présentes ce jour-là n’aurait fait l’interprétation aussi fausse que désarmante de ma mère. » Geste d’émigrée, d’après lui. Il a raison, mais geste dont le charme dépasse largement la « question de l’immigration », et qui, d’une certaine manière, transperce la douleur identitaire, la vide de son sang ; l’art étant sinon le lieu de la réconciliation, celui de la fréquentation du bien et du mal. Là où tous s’y reconnaissent, pétrifiés par l’effet de réalité.</p>
<p>Le prétexte de cette sorte de « livre de ma mère », c’est ce coup du sort qui lui fit perdre un jour son passeport. Et comme ce distrait de Michka Assayas, né à Paris le 2 novembre 1958, n’a pas refait sa carte d’identité en temps et en heure, la Préfecture lui demande les actes de naissance de ses parents, nés en Hongrie et en Turquie avant la guerre. Impossible à retrouver, évidemment. S’ensuivent tous les désagréments qu’on imagine, et ceux qu’on imagine moins, jusqu’au jour où on lui demande de dire : « Comment êtes-vous français ? »</p>
<p>Mais il n’y a bientôt plus de lien entre la vulgarité paperassière et l’élégance du passé, seule et indubitable identité, fragile, qui se gagne à chaque phrase, et par laquelle on reconnaît l’écrivain.</p>
<p><iframe src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=lesedumo-21&#038;o=8&#038;p=8&#038;l=as1&#038;asins=2246773113&#038;ref=qf_sp_asin_til&#038;fc1=000000&#038;IS2=1&#038;lt1=_blank&#038;m=amazon&#038;lc1=0000FF&#038;bc1=000000&#038;bg1=FFFFFF&#038;f=ifr" style="width:120px;height:240px;" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" frameborder="0"></iframe></p>
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		<title>Résignez-vous !</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Jul 2011 11:42:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Donner</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans quel livre pour enfants j’ai lu que les écrivains sont les arbres dans la forêt des arts, et les peintres la lumière jouant entre les branches, et les musiciens le vent, les oiseaux, je ne sais plus. S’il s’agissait d’encourager le jeune lecteur à faire des promenades, je n’ai pas dû finir, mais les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-959" href="http://www.christophe-donner.com/alaune/resignez-vous/attachment/20070920_dna020419"><img class="aligncenter size-full wp-image-959" title="20070920_DNA020419" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/06/20070920_DNA020419.jpg" alt="" width="300" height="389" /></a>Dans quel livre pour enfants j’ai lu que les écrivains sont les arbres dans la forêt des arts, et les peintres la lumière jouant entre les branches, et les musiciens le vent, les oiseaux, je ne sais plus. S’il s’agissait d’encourager le jeune lecteur à faire des promenades, je n’ai pas dû finir, mais les arbres, ça m’est resté, et en commençant le livre de Marie Didier, <em>Le Veilleur infidèle</em>, je suis tombé sur une citation de Pierre Pachet : « Pour aimer lire il faut encore espérer », le nom me disait quelque chose. J’ai lâché le livre de Marie Didier qui était censé ne pas me plaire pour aller chercher le dernier livre de Pierre Pachet.</p>
<p>De toute façon, il y a trop d’écrivains, l’avantage, c’est de les découvrir, même tard, comme dans cette forêt où ils se cachent les uns les autres, au hasard d’un été calme et sans actualité, la ville vidée de ces best-sellers, tous à la plage, seul en compagnie des envois de la saison passée, sans obligation de mode, les livres qui n’ont pas fait de bruit, et continuent cependant de chuchoter ce qui les a rendus si discrets : « Les dames âgées ne sont pas nées telles. »</p>
<p>De l’auteur, j’apprendrai à la fin qu’il est né en 1937, après l’avoir pensé, durant une centaine de pages, plus vieux. On a l’âge de ses gestes. Et l’écriture en est un, avec son économie, qui impose ici une sorte de lenteur, mais agréable, allégée par l’urgence de ne rien donner d’inutile, de facile, la phrase devient alors classique et jazzique : « Sans doute que, comme toute composition musicale, ils s’étaient donné pour tâche de mettre en forme ce que l’ennui, malgré la douleur qu’il inflige, sa pesanteur propre, libère et fait venir au jour : la matière mobile et non verbale de la pensée… » Pachet parle du concerto <em>Brandebourgeois</em> de Bach et de <em>Honeysuckle Rose</em>, découverts à l’âge où Mme Salzberg les lui fit découvrir : onze ans. Mme Salzberg est la première dame âgée qu’il a connue, elle faisait des patiences, « C’était comme si je la voyais se gratter devant moi ». Bien sûr qu’on ne les regarde pas de la même façon à onze ou à soixante-quatorze ans, les dames âgées, mais ce qui est troublant c’est justement ce qu’il y a de commun et d’inaltérable dans les effets qu’elles produisent sur le petit garçon et sur l’homme âgé qui ne les a pourtant pas rejointes.</p>
<p><a href="http://www.vimeo.com/7247420">pierre-pachet</a></p>
<p>Il parle de sa femme, de sa disparition dont le livre semble être l’orbe persistant. Il interroge les autres femmes, il se rend au square, il s’assied sur le banc où elle s’était assise, peu de jours avant de mourir, incapable de se nourrir, « grelottant au soleil d’hiver, pendant que je me dépêchais d’aller m’acheter un sandwich ». Dans ce square, il observe les autres vieilles dames, il les jeunes mamans, aussi.</p>
<p>Parmi celles dont il retrouve la trace, via Internet, il y a celle qui ne veut pas être revue, parce qu’elle est diminuée, physiquement, il y a celle qui hésite, et finalement non, « Tes coups de fil me donnent de l’urticaire (ou du zona). Qu’est-ce que tu veux de moi ? Oublie tout cela. J’espère que tu ne cherches pas à fabriquer un livre à partir de ce que je t’ai dit ? » Cette peur du livre qui hante les grincheuses, les tantes attaqueuses, cette haine de la littérature qui s’entend si bien avec la peur de l’âge, autre version du dégoût du sexe et des livres intimes. Et puis, comme une proposition romanesque, il y a celle qui apprend à l’auteur des choses sur son passé, jetant sur ses souvenirs un éclairage particulier : comme le doublement d’une image. Plus rien alors n’est saisissable. Mais l’effroi ne dure pas : quelle qu’eût été sa vie, il en serait quand même là, avec ce corps, cette solitude, cette écriture qui se nourrit du temps et se résigne bellement.<br />
<a href="http://www.vimeo.com/7247420">pierre-pachet</a></p>
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		<title>Louis-Ferdinand Céline et nous autres</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Jul 2011 16:06:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Donner</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dégoûts d’amour Existe-t-il une histoire de Céline comme il existe une histoire de Dieu, ou une histoire de la maladie, de la mort ? L’histoire que nous avons fabriquée, nous, les céliniens, les croyants, les hypocondriaques, les dépressifs. Comment on l’a aimé, et beaucoup moins, pourquoi a-t-il été toléré, et plus du tout, et de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Dégoûts d’amour</h2>
<p><a rel="attachment wp-att-938" href="http://www.christophe-donner.com/alaune/louis-ferdinand-celine-et-nous-autres/attachment/louis-ferdinand-celine_meudon"><img class="aligncenter size-medium wp-image-938" title="louis-ferdinand-celine_meudon" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/06/louis-ferdinand-celine_meudon-300x174.jpg" alt="" width="300" height="174" /></a></p>
<p>Existe-t-il une histoire de Céline comme il existe une histoire de Dieu, ou une histoire de la maladie, de la mort ? L’histoire que nous avons fabriquée, nous, les céliniens, les croyants, les hypocondriaques, les dépressifs. Comment on l’a aimé, et beaucoup moins, pourquoi a-t-il été toléré, et plus du tout, et de nouveau haï. A quoi résiste-t-il ? Comment les époques, les modes, les climats, l’ont adulé, banni, jamais oublié. Il y a les clans, trompeurs, à l’intérieur de chacun se cachent les raisons secrètes de la détestation et de l’adoration. Il faudrait une histoire ce que chacun a construit et de ce que tous ont inventé autour de la passion pour Céline, de sa haine de l’homme, mais qui est cet homme, aussi changeant, insaisissable que notre fascination reflue, s’emporte, retombe, et finalement raconte le demi siècle que nous venons de passer avec lui.</p>
<p><a href="http://www.christophe-donner.com/alaune/louis-ferdinand-celine-et-nous-autres"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>
<p>Une histoire de Céline qui serait celle de notre pacte signé avec les lettres. Et quand je dis « notre », je parle de chacun de nous et aussi de « nous tous », cette masse tantôt écrasante, tantôt acheteuse. Ignorante, puis insolente. Il faudrait faire aussi l’histoire du sentiment que ceux qui n’ont pas lu Céline éprouvent envers le mythe. L’écume radiophonique, la fumée cathodique, et les journaux, et les soirées où l’on en cause, l’histoire d’un innocent dans le tumulte des opinions, des certitudes, l’innocent verrait mieux que quiconque ce qui se joue dans la défense ou l’attaque de Céline : ces éloges de l’écriture lourds du non-dit antisémite, ces refus de lire en gage de philosémitisme. Car c’est toujours là-dessus qu’on retombe. Si « la question juive » est la grande affaire du siècle, Céline est au sommet.<br />
L’observation du processus mental, et aussi physique (viscéral) qui le jette dans ces beaux draps, éclaire le chemin qui nous a conduit, deux fois, à Nuremberg. Il y a dans la phrase du délicieux Mort à Crédit quelque chose de haineux, d’immonde, qui nous transporte de rire, de tendresse, d’admiration pour cette « petite musique des mots », mais c’est une fanfare, tonitruante, dont il est le clairon, et nous les majorettes.</p>
<p><a rel="attachment wp-att-939" href="http://www.christophe-donner.com/alaune/louis-ferdinand-celine-et-nous-autres/attachment/celine1"><img class="aligncenter size-full wp-image-939" title="celine1" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/06/celine1.jpg" alt="" width="200" height="332" /></a></p>
<p>Le siècle précédent (1794 - 1914) s’était vautré dans la conquête du monde, mais après quatre-vingt jours, ou cinq semaines en ballon, de retour au bercail, l’occident gavé de colonies devait trouver autre chose, il invente la grandeur. C’est ce désir de grandeur qui porte l’antisémitisme et le communisme à l’incandescence. Céline y participe dans ses furieux tremblements syntaxiques, et le tsunami métaphorique qu’ils provoquent. Aux théories raciales, vieilles, froides et sérieuses, Céline insuffle la joie de l’insulte, l’audace du style, il met l’immonde en musique, ça emporte, c’est un tube, ce n’est pas qu’on n’écoute plus les paroles c’est qu’elles sont en couleurs, dansantes, comiques, et par là : absoutes. Avec lui, la littérature redevient un art, au sens où elle peut à nouveau se prévaloir du beau, ouvrir de grandes perspectives symphoniques avec ses points à suspendre les mots, ses exclamations qui poussent le volume sonore vers la haute fidélité. C’est enivrant, on aime ça. Je parle pour moi. A l’âge de six ou sept ans, La Chèvre de Monsieur Seguin, écrite par un antisémite notoire, avait suscité ma vocation, et pourtant, dix ans plus tard, en lisant Céline, je me suis dit « C’est lui ! C’est mon maître. Rien n’existait avant lui et après lui y aura moi et basta. » Il aurait donc répondu à ce désir de grandeur, comblé le renoncement aux conquêtes enfantines, bercé les méchancetés adolescentes, et maintenu brûlantes des drôleries anti sociales de notre vie d’adulte. Parce qu’il est précieux, hygiénique, j’ose le mot, d’avoir une idole aussi dégoûtante, aussi à prendre avec des pincettes.<br />
<iframe src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=lesedumo-21&#038;o=8&#038;p=8&#038;l=as1&#038;asins=207041356X&#038;ref=tf_til&#038;fc1=000000&#038;IS2=1&#038;lt1=_blank&#038;m=amazon&#038;lc1=0000FF&#038;bc1=000000&#038;bg1=FFFFFF&#038;f=ifr" style="width:120px;height:240px;" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" frameborder="0"></iframe></p>
<p><iframe src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=lesedumo-21&#038;o=8&#038;p=8&#038;l=as1&#038;asins=2363710061&#038;ref=qf_sp_asin_til&#038;fc1=000000&#038;IS2=1&#038;lt1=_blank&#038;m=amazon&#038;lc1=0000FF&#038;bc1=000000&#038;bg1=FFFFFF&#038;f=ifr" style="width:120px;height:240px;" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" frameborder="0"></iframe></p>
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		<title>BUKOWSKI : sa propriétaire a du mal à le reconnaître</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Jun 2011 20:20:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Donner</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tellement il est devenu moche comme tout Un peu comme son "parrain" : ravagé par l'acnée juvénile. Mais il est splendide et on l'aime encore plus]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.christophe-donner.com/films/bukowski-a-trois-mois"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>
<h1 style="text-align: center;"><span style="color: #993300;">Tellement il est devenu moche comme tout </span></h1>
<h3 style="text-align: center;">Un peu comme son "parrain" : ravagé par l'acnée juvénile.</h3>
<h2 style="text-align: center;"><span style="color: #993300;">Mais il est splendide et on l'aime encore plus</span></h2>
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		<title>Les écrivains dans la censure</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Jun 2011 11:51:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Donner</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tape l’éclate au colloque J’ai lancé le mot amour et à ma grande surprise tout le monde l’a repris. Ça se passait dans la grande salle de réunion de l’hôtel de Massa, siège de la Société des gens de Lettres, au cours d’une table ronde intitulée « Jugement moral et fiction littéraire », dans le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Tape l’éclate au colloque</h2>
<p><a rel="attachment wp-att-931" href="http://www.christophe-donner.com/alaune/les-ecrivains-dans-la-censure/attachment/sgdl_2-fa9ec"><img class="aligncenter size-full wp-image-931" title="SGDL_2-fa9ec" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/06/SGDL_2-fa9ec.jpg" alt="" width="250" height="188" /></a></p>
<p>J’ai lancé le mot amour et à ma grande surprise tout le monde l’a repris. Ça se passait dans la grande salle de réunion de l’hôtel de Massa, siège de la Société des gens de Lettres, au cours d’une table ronde intitulée « Jugement moral et fiction littéraire », dans le cadre d’un colloque intitulé « L’immoralité littéraire et ses juges ». Cristina Campodonico m’avait invité à témoigner en compagnie de trois autres écrivains, Gabriel Matzneff, Serge Doubrovsky, et Alain Absire. Un intrus s’est glissé au dernier moment, dont je n’ai pas retenu le nom.<br />
<a rel="attachment wp-att-932" href="http://www.christophe-donner.com/alaune/les-ecrivains-dans-la-censure/attachment/facade-sgdl-520"><img class="aligncenter size-medium wp-image-932" title="facade-sgdl-520" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/06/facade-sgdl-520-300x179.jpg" alt="" width="300" height="179" /></a> Agnès Tricoire, avocate et auteur du Petit traité de la liberté de création, animait le débat devant une salle presque complètement pleine de gens de tous âges qui n’ont pas levé la main à la fin quand il s’est agi de nous poser des questions ; la tension était trop forte après ce qui venait de se passer.<br />
Doubrovsky a commencé par ramener sa fraise avec l’autofiction, ce mot dont il est l’auteur et dont il a rappelé le succès planétaire. C’est pourtant un vilain mot, il n’a aucune raison d’en être fier.<br />
Il a raconté ensuite son histoire avec cette femme qui s’est suicidée après qu’il lui ait envoyé son livre, plus exactement le chapitre la concernant. Là, ça ne rigolait plus dans la salle. On l’avait accusé, il s’était accusé, et tout ça avait bouleversé sa vie, son idée de la littérature, et sa place dans le monde des Lettres, car, les gens étant avide de savoir ce qu’on pouvait écrire de si grave sur quelqu’un, le livre pousse au crime s’était vendu comme des petits pains. On était là, vraiment, au cœur de la question morale. L’écrivain intrus, assis à côté de moi, prenait des notes, nerveusement. Je le sentais inquiet, moins pour l’avenir de la littérature que pour temps de parole : ça faisait déjà un bon quart d’heure que Doubrovsky tenait le crachoir avec son histoire glauque et à ce train-là, il n’allait pas pouvoir raconter la sienne.<br />
Après qu’Agnès Tricoire ait réussi à faire taire Doubrovsky, qui y serait encore, elle m’a présenté aux spectateurs comme l’auteur d’un « petit livre, pardon, d’un livre, pourquoi je dis « petit » ? un livre intitulé Contre l’imagination, que j’ai trouvé très amusant et avec lequel je ne suis d’accord à peu près sur rien. » Ça tombait bien parce qu’ayant lu son livre avant de venir, j’étais à peu près d’accord sur rien et ne l’avais pas trouvé très amusant. Mais bon, puisqu’il s’agissait de parler de nos expériences d’auteurs censurés, condamnés, j’ai donc balancé le mot amour que j’ai regretté de ne pas avoir inventé tant il a eu de succès. Matzneff l’a repris dès qu’il a eu la parole, pour inciter les jeunes écrivains peut-être dans la salle à ne pas se laisser corrompre par l’autocensure. Il a raconté comment il s’était fait assommé dans la rue par un gaillard qui lui reprochait d’avoir écrit des choses, choses écrites par amour et que l’imbécile n’avait d’ailleurs pas lues.<br />
Voilà pourquoi la justice est nécessaire, ai-je dit, elle empêche les gens de se faire justice eux-mêmes. C’était aussi pour répondre à Alain Absire qui venait de raconter ses ennuis avec le fils de Jean Seberg. Souvent, ai-je ajouté, les procès intentés aux écrivains ont une fonction cathartique pour les personnes devenues douloureusement des personnages. Il faut comprendre.<br />
C’est là que mon voisin a explosé : « La littérature est du côté du mal ! » Ce gosse mal léché ne voulait pas de censure, nulle part, jamais, et d’invoquer les duels d’antan qui valaient bien mieux que nos procès pour se faire justice. J’ai senti qu’il voulait se battre. Heureusement, il était temps de laisser la place aux intervenants de la prochaine table ronde.</p>
<p><p><a href="http://www.christophe-donner.com/alaune/les-ecrivains-dans-la-censure"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p><br />
<iframe src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=lesedumo-21&#038;o=8&#038;p=8&#038;l=as1&#038;asins=2707159824&#038;ref=qf_sp_asin_til&#038;fc1=000000&#038;IS2=1&#038;lt1=_blank&#038;m=amazon&#038;lc1=0000FF&#038;bc1=000000&#038;bg1=FFFFFF&#038;f=ifr" style="width:120px;height:240px;" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" frameborder="0"></iframe></p>
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		<title>Raymond Queneau chez Gallimard</title>
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		<pubDate>Fri, 17 Jun 2011 11:33:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Donner</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce que tu te goures Foin des manuels et conseils d’amis, si votre rêve est d’être édité chez Gallimard, ou ailleurs, avant même de commencer à écrire quoique ce soit, lisez cette édifiante sélection de lettres adressées à Raymond Queneau, elles étaient jointes aux manuscrits généralement dans l’intention de les éclairer, de préparer le lecteur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Ce que tu te goures</h2>
<h2></h2>
<p><a rel="attachment wp-att-922" href="http://www.christophe-donner.com/alaune/raymond-queneau-chez-gallimard/attachment/queneau"><img class="aligncenter size-full wp-image-922" title="queneau" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/06/queneau.jpg" alt="" width="198" height="212" /></a></p>
<p>Foin des manuels et conseils d’amis, si votre rêve est d’être édité chez Gallimard, ou ailleurs, avant même de commencer à écrire quoique ce soit, lisez cette édifiante sélection de lettres adressées à Raymond Queneau, elles étaient jointes aux manuscrits généralement dans l’intention de les éclairer, de préparer le lecteur à leur complexité, à leur richesse. Celle-ci fait exception :</p>
<p>« Je vous envoie aujourd’hui mon manuscrit par poste. Vous remarquerez que les numéros des pages ne se suivent pas régulièrement partout. C’est que bien des passages et même des chapitres ont été supprimés. Les pages marquées d’un point d’interrogation pourraient être aussi passibles de suppression. Je me demande s’il n’y aurait lieu de supprimer également… », etc. Après une longue liste de propositions de coupes qui réduisent le manuscrit à une peau de chagrin, l’auteur interroge Queneau : « Mais est-ce suffisant pour en faire un roman ? »</p>
<p>D’autres se montrent moins modestes dans l’appréciation de leur travail, comme cet énergumène qui, après avoir précisé que « Je ne lis rien de chez Gallimard et je ne m’intéresse pas à la littérature actuelle », dévoile ses intentions :</p>
<p>« Avec 200 chars, je veux prendre le pouvoir, faire arrêter Jean-Paul Sartre, faire enfermer Juliette Gréco dans un hôpital psychiatrique, dans l’aile droite, communicants à la section des oblats car Juliette Gréco doit entre en religion. Je veux faire fermer la maison Gallimard, qui est dirigée par des intellectuels qui s’éclairent encore à la bougie et pour qui la littérature est une flamme intérieure alors que la littérature est ailleurs. »</p>
<p>Demander la fermeture d’une maison où l’on veut être éditer, voilà bien le signe d’un désespoir profond, à la mesure de l’immense espoir que cette même maison d’édition a toujours follement suscité.</p>
<p>Il y a aussi ceux qui doutent de rien :</p>
<p>« Voici des grappes récentes. Ce sont des textes où les phrases qui se font et se défont, au gré de la lecture ! Le mot, comme unité-carrefour, semble en mesure d’imiter le « processus poétique ». Tout cela afin de mieux « saisir une réalité » de plus en plus « insaisissable ». »</p>
<p>Comme quoi, être bien son époque (vous aurez reconnu ici les années 70) n’est pas un gage de qualité pour l’auteur de Si tu t’imagines.</p>
<p>Le coup du anti-héros est, au départ, plus sympathique : « Je suis un obstiné dans l’envoi des manuscrits. Il y a plus de dix ans que j’en envoie, en pure perte. » L’auteur incompris du Temps des Crucifiés et Des Epopées Dérisoires ne comprend pas que Francis Lopez lui soit préféré, ce qui peut se comprendre à priori. Mais cette ironie de looser peut cacher le train du chantage : après avoir longuement supplié Queneau de lui dire si oui ou non il était écrivain, et après avoir reçu une réponse négative du maître, voilà que l’incompris graphomane écrit sous pseudo : « J’ai l’ennui de vous aviser que mon ami qu’on soignait pour dépression nerveuse depuis trois ans, et qui vous a envoyé deux de ses manuscrits fin novembre, a tenté, ce qui semblerait bien possible, de se suicider. Je suis arrivée juste à temps pour essayer de le sauver. »</p>
<p><a rel="attachment wp-att-923" href="http://www.christophe-donner.com/alaune/raymond-queneau-chez-gallimard/attachment/raymond-queneau-sen-va-et-nous-laisse-en-heritage-cent-mille-milliards-de-poemesqueneau-dans-l-ordre-chrono"><img class="aligncenter size-medium wp-image-923" title="raymond-queneau-sen-va-et-nous-laisse-en-heritage-cent-mille-milliards-de-poemesqueneau-dans-l-ordre-chrono-" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/06/raymond-queneau-sen-va-et-nous-laisse-en-heritage-cent-mille-milliards-de-poemesqueneau-dans-l-ordre-chrono--249x300.gif" alt="" width="249" height="300" /></a><a rel="attachment wp-att-924" href="http://www.christophe-donner.com/alaune/raymond-queneau-chez-gallimard/attachment/400000290-diffusion"><img class="aligncenter size-medium wp-image-924" title="400000290-diffusion" src="http://www.christophe-donner.com/donner/wp-content/uploads/2011/06/400000290-diffusion-153x300.jpg" alt="" width="153" height="300" /></a></p>
<p>Au-delà des bonnes rigolades ou des attendrissements que suscitent ces lettres, elles composent une sorte de portrait de dos de leur destinataire : un mathématicien modeste et irréprochable, tout sauf mondain et en même temps d’une extrême courtoisie. Entré chez Gallimard en 38, il accomplit pendant encore trente-cinq ans cette tache ingrate, « à vous dégoûter de lire pour l’éternité », selon Georges Perros, mais qui convient bien à l’idée sacerdotale qu’il se fait de la littérature. Mort en 1976, il n’aura pas pu recevoir mon manuscrit, que j’adressai, accompagné d’une lettre furibarde, à Hector Bianciotti, qui partit avec… chez Grasset.</p>
<p>Ici un entretien de Raymond Queneau par Yves Robert dont la vanité éclate au grand jour, ne serait-ce que par cette façon maldroite, fausse de lui tenir le bras: beurk.<p><a href="http://www.christophe-donner.com/alaune/raymond-queneau-chez-gallimard"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>[/googlevideo]<br />
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