Avant-dernière réunion du meeting d’hiver 2008-2009. Les deux vedettes attendues du jour ont honoré leur fonction, avec des fortunes diverses. Si c’est sans problème, et même avec de moins en moins de problème que Unico Limburgia (Sj’s Photo) a triomphé pour la huitième fois consécutive, Quopeck n’a pas réussi à répondre à ce qu’on attendait de lui : remporter sa troisième course d’affilée à Vincennes. Après ses deux impressionnants succès, on ne voyait personne pour le battre et les bruits autour des offres d’achat contribuaient à alimenter l’excitation autour du fils de Goetmals Wood. On ne voyait pas qui pouvait le battre, tant il avait paru « en avoir sous la pédale » lors de sa dernière course, sur le même parcours. Ça paraissait même un peu trop simple, diront certains après coup. Son seul rival potentiel, Qwerty (Quadrophénio) effectuait sa rentrée, après avoir été malade. On savait pourtant que le frère de Karikal (Jiosco), de Lhassa (Capriccio) et de Nucléar (Sancho Pança), excusez du peu, restait lui aussi sur deux beaux succès à Vincennes, mais à la manière de Pierre Levesque : sobrement, pour ne pas dire humblement. Or le public de Vincennes est passionné, il aime les belles histoires, et si possible jusqu’au drame. Entre l’immarcescible écurie à croix de lorraine et les couleurs flashy portées par Séverine Raimond, le choix du public était fait : on n’avait d’yeux que pour le roturier, le parvenu, le petit qui ne doit rien à ses parents.
On s’arrachait, les yeux, en voyant Quopeck casser sa bride au moment du canter. Tandis que les autres concurrents s’échauffaient, la driveuse dut mettre pied à terre et refaire tout l’enrênement. Le départ était retardé. Suspense dans les tribunes. Inquiétude sur Equidia : le départ de la prochaine course à Fontainebleau approchait. Le cheval de MM. Royer et Montalan restait calme, la question n’est pas là. Le problème, c’est que de mise en jambes, il n’y en eut point, et c’est un cheval à peu près froid qui s’est élancé au poteau des 2700 mètres du Prix de Lorient. Excuse un peu facile pour justifier l’hésitation qui lui fit perdre une dizaine de mètres avant le premier tournant ?
JDT— Racontez-nous ce qui s’est passé.
Séverine Raimond — Il a mis un coup de tête à cinq minutes du départ, il a cassé son enrênement. Le temps d’en remettre un, on était appelés sous les ordres, je n’ai pas pu prendre de départ pour l’échauffer. Et en fait, dans l’affolement, je n’ai pas mis le bon point d’enrênement. Il avait la tête un peu trop basse, ce qui fait que je n’ai pas pu le commander pour le faire avancer au final : il était un peu « une patte sur l’autre » dans la ligne droite.
Vous nous aviez dit la dernière fois : « Si je cours le Prix de Lorient, je vais le laisser derrière et ne lui faire faire que les derniers mille mètres. » Et non ?
Ben non, avec cette histoire d’enrênement, je n’avais plus de maniabilité. Il n’est pas tout simple, vous savez. Alors quand je me suis retrouvée en épaisseur, seul au vent, j’ai préféré rouler.
On aura senti une pointe de regret (de remords ?) sur le déroulement de la course. Séverine Raimond aurait-elle présumé du souffle de son protégé en forçant l’allure dans la montée ? D’autres auraient pu se laisser impressionner, « terroriser », comme la dernière fois. Mais il y avait dans la course, un certain Qwerty. Pierre Levesque a au contraire profité de l’aubaine, se laissant alors aspirer par le leader jusqu’à l’entrée de la ligne droite. Avant de venir le régler à soixante mètres du poteau.
Le programme de Quopeck, maintenant ? Repos ?
Ah non. Pourquoi ? Il récupère bien de ses courses, c’est la première fois qu’il courrait à neuf jours. On va voir demain, mais apparemment, il n’est pas fatigué. Il ne souffle pas. Je n’ai rien pu lui demander dans la ligne. Sinon… Il courra ce qui se présente. Il va s’améliorer. Il n’a couru que vingt courses. Et puis je crois qu’on est battu par un bon cheval.
En effet, il paraîtrait même que Pierre Levesque envisage de courir le Critérium des 5 ans. Dans le clan de Quopeck, cette rumeur venait comme un baume consolateur : être battu par un candidat au critérium, et de cette façon, sans mollir, avec quelques excuses. Au bout du compte, c’est la plus honorable des défaites que venait de subir le fils de Goetmals Wood. En faisant bonne contenance jusqu’au bout, il a montré qu’il savait perdre. Qualité indispensable à un cheval de course. En tout état de cause, Quopeck nous aura offert un des beaux moments de cette fin de meeting.
Du côté de Pierre Levesque, la satisfaction était complète :
—Je l’ai laissé faire aujourd’hui, nous déclarait l’entraîneur du gagnant, car mon cheval était vraiment revenu au mieux à l’entraînement. Je ne vous cache pas que je l’estime énormément. J’avais acquis sa mère en vente publique, et je ne peux que m’en féliciter aujourd’hui, celle-ci ayant produit de tous bons chevaux (Lhassa, Karikal, Nucléar…). Qwerty a été un peu ménagé par la force des choses, ayant connu une entorse au boulet. Il «enroule» comme le faisait Karikal et Nucléar, n’ayant pas le défaut des autres produits de Quadrophenio.
Du côté des déçus, on notait la colère de F. Delanoé qui drivait Quisling D’Anjou (Jasmin de Flore), arrivé troisième, tout à l’extérieur, finissant très bien :
—J’ai été gêné à deux reprises, au départ et dans le tournant final. Je ne comprends pas ce que Sébastien Guarato fait dans un peloton… J’aurai lutté avec les premiers, sans ça. Je fais le maximum pour le ménager en course et il devrait bien vieillir.
Le compte à rebours est commencé pour ces chevaux encore entre deux eaux : en retard de gains, ils sont au-dessus du lot sans être encore au niveau des meilleurs. Dans moins de six mois, le grand classique réservé à la génération. Après, ils n’auront plus l’excuse d’être tardifs.
Article paru dans le Journal du trot, le 26 février 2009