Archive pour la catégorie ‘- Grasset’

20 000 euros sur Ségo

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« En temps normal, ça ne m’aurait fait ni chaud ni froid, que les socialistes français doivent élire un nouveau chef. Ce qui a fait tilt, c’est le chiffre six. Ils avaient déposé six motions, ils étaient six comme dans une course de six partants, et je les ai vus, Delanoë, Aubry, Royal, et trois autres dont je ne connaissais même pas le nom : Hamon, Pupunat, Caresche, je les ai imaginés, bien rangés derrière les ailes de l’autostart : attention au départ. Quand je sens qu’il y a du fric à se faire, c’est comme une pile électrique qui s’allume dans ma bouche, il y a un afflux de salive, j’aspire, ça fait un petit sifflement. J’ai appelé Richie, mon bookmaker. Je lui ai demandé s’il avait des cotes pour le congrès de Reims. »

Grasset 2009 - Collection : Littérature

Un roi sans lendemain

un-roi-sans-lendemain« Un beau matin, Simon Lechinar appelle Henri Norden pour lui demander d’écrire un scénario de film sur Louis XVII. Henri ne sait pas qui est Louis XVII, mais pendant que Simon Lechinar lui explique que sa fille productrice ne désire rien de plus que de produire un film sur Louix XVII, Henri a le temps de regarder dans le Petit Robert où il découvre que Louis XVII est le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, et qu’il est mort dans la prison du Temple à l’âge de dix ans, en 1795. Des théories sur Louis XVII, il y en a eu des dizaines depuis deux siècles, à travers leurs approximations, leurs erreurs, leur utilisation partisane, ces légendes rendent compte de l’interdit qui pèse sur l’histoire de France depuis la Révolution française. Royalistes et révolutionnaires s’accordent à faire silence sur un crime dont ils portent les uns et les autres la responsabilité. La mort du petit roi n’est pas un dommage collatéral dans le vent inévitablement violent de l’Histoire. D’après Henri, Louis XVII est l’enjeu principal de la Révolution. Tout ce qu’il découvre lui montre qu’à l’époque, tout tournait autour du destin de cet enfant. C’est seulement après que les historiens, les politiciens, chacun à leur façon se sont évertués, pour des raisons diverses, à en réduire l’importance, en nier la réalité, jusqu’à n’en plus parler du tout. Les historiens, dit Henri, ont laissé à quelques hurluberlus survivantistes le soin de ridiculiser une affaire qui est en fait le secret d’Etat le mieux gardé de notre histoire. C’est sans doute sa méconnaissance presque complète du sujet qui met l’innocent scénariste sur une piste que personne n’a encore explorée. Sa démarche se résume en une question pourtant fort simple : Qui a tué Louis XVII ? Jacques-René Hébert, répond Henri. Hébert, le fondateur du Père Duchesne, pamphlet périodique le plus odieux et le plus lu sous la Révolution. Reparler de l’enfant du Temple, et au-delà de l’émotion suscitée par ce destin atroce, faire remonter à la surface de notre conscience le passé sacrificiel sur lequel notre société française, laïque et républicaine, vacille aujourd’hui, telle est la tâche que s’est fixé Henri Norden ; il veut rappeler dans un film à dix millions d’entrées, que le « sang impur », qui abreuve le sillon de notre hymne national, c’est aussi celui d’un enfant martyr. La différence entre Henri Norden et moi, c’est que je ne suis pas fou : à aucun moment, je n’ai pensé que ce film irait au bout. J’ai toujours su que j’écrirais finalement un livre sur Louis XVII. Parce que j’ai vraiment été élevé dans l’imminence d’une révolution finale dont je serais le chef. Les livres que j’ai écrits ont raconté la vie de cet enfant en révolte. Puis de l’adulte en révolte contre la révolte. Mais la sortie de ce cycle vicieux, c’est le roi des enfants-rois qui me l’a signalé : il a fait de son cachot une chapelle expiatoire. »

Grasset 2007 - Collection : Littérature

Bang ! Bang !

bang-bang« Ma méthode d’écriture, c’est de regarder les choses sans indulgence, avec cruauté s’il le faut, et d’insister jusqu’à ce qu’apparaisse le côté comique de ces choses… Je pousse le vice jusqu’à exiger de mon éditeur qu’il inscrive le mot roman sur la couverture de mes livres. Mais le réel est une eau qui s’infiltre partout. » Ainsi Christophe Donner nous parle-t-il de son dernier livre. Alors, vrai roman ou fiction apparente ? Bang ! Bang ! montre Martine Victoire dans tous ses états : une héroïne du cinéma populaire qui jure comme un charretier, s’ouvre les veines, boit jusqu’à en oublier les limites de la décence, ravage malgré elle sa famille et sombre dans des amours perdues. Le narrateur, mari désabusé de Martine Victoire, partage avec Christophe Donner sa passion hippique. Il décrit sans indulgence une coterie d’êtres humains qui tournent autour de Martine Victoire : un peintre misanthrope, un acteur adoré des jeunes tant pour sa beauté que par le supplice qu’on lui a infligé en lui enlevant un bras, une adolescente mûre qui accepte de voir sa mère, star déchue, dans les bras d’un pompiste trop beau… Mieux vaut aimer les chevaux. Caustique, cruel, féroce, souvent très drôle, mais aussi d’une étrange tendresse, Christophe Donner poursuit ici la Comédie Humaine de nos contemporains.

Grasset 2005 - Collection : Littérature

L’influence de l’argent sur les histoires d’amour

linfluence-de-largent-sur-les-histoires-damour2« Les chevaux ne sourient pas, mais Karma des Êtres avait une sorte de sourire, c’était dans son allure, ce petit trot déhanché, avec une souplesse que je qualifierais de malicieuse… Je suis descendu jouer parce que j’en étais sûr, j’avais en moi cette densité de conviction qui ne me trompe jamais. » Christophe est doublement amoureux : d’abord de sa femme, Lucia, à qui il a irréalistement promis d’offrir un coûteux manteau vert pâle avec un col de vison, mais aussi d’un cheval, un trotteur malhabile, taillé en “fer à repasser”, nommé Karma des Êtres, en qui personne ne croit, sauf Christophe. Miracle de l’amour ? Comment acheter un manteau de 3000 euros quand on n’a pas le premier sou ? En conciliant le hasard du jeu et la puissance de la conviction ? Et si la passion était aveugle ? Le récit de Christophe Donner, dont on sait qu’il est un amateur de courses et de chevaux, est une fable réaliste sur l’argent autant qu’une comédie menée au trot enlevé où les parieurs exaltés, les lecteurs de Paris-Turf, et les promeneurs des hippodromes ont tous le même rêve : gagner, enfin !

Grasset 2004 - Collection : Littérature

Ainsi va le jeune loup au sang

ainsi-va-le-jeune-loup-au-sangTout commence au bas de la Tour Montparnasse. Le Paris des années 70 ressemble alors à un chantier. Samuel est un enfant solitaire, orphelin de père, élevé par une mère dépressive, accrochée à sa maison du passage d’Odessa, que la mairie menace d’expropriation. On a déjà démoli la gare, la tour se construit, et tout autour, le quartier se modernise inéxorablement. Regroupée en phalanstère de pseudo-révolutionnaires hostiles au plan d’urbanisation, sous la férule d’un prof d’histoire gauchisant et bavard, la famille tente de résister. Peine perdue. La mère entre à Sainte-Anne comme on se réfugie hors du monde. Samuel, maintenant adolescent, entre en délinquance, avec le rêve de dynamiter la « grande vilaine ». Sa bombe est un pétard mouillé, mais il se retrouve en prison. Drogue, sexe, c’est un dépucelage brutal auquel le petit terroriste trouve certains avantages. Sortant de là, il doit la vie sauve à un couple mal assorti : Sanchez, le chef de chantier de la tour et sa femme Hélène, devenue trop jeune pour lui, mais tout à fait mûre pour Samuel. Drôle de ménage, Dans les bras d’Hélène, le garçon se découvre farouche, et joue, pour Sanchez, le rôle du fils prodigue ou de l’ange exterminateur. C’est bien d’un crime dont il s’agit. Et la rédemption viendra des livres, de l’écriture, de la ressemblance progressive - réelle ? - entre Samuel et l’auteur. Ainsi va le jeune loup au sang est un roman d’initiation, où la cruauté de l’auteur dissimule à peine une tendresse pour ses personnages parmi les plus étonnants. Un chien qui a une pile à la place du coeur, un peintre fou de Picasso, un écrivain célèbre suivi dans son enfer. Comme dans cette scène d’anthologie que Samuel décrit en voyeur fasciné par Hervé, où l’amour physique confine à la grâce, la perte au rachat, le désir à l’offrande : tout le talent de Christophe Donner est là, dans ce basculement du sordide vers le sublime.

Grasset 2003 - Collection : Roman

L’empire de la morale

lempire-de-la-moraleUn enfant surdoué, handicapé par une hallucination qui fait de lui un handicapé de la vie auquel tout contact physique est interdit, est interné dans une institution spécialisée, puis part avec son père à Saint Tropez avant de revenir vers Paris où il s’affranchit progressivement des démons de son « roman familial ». Comment le narrateur en arrive-t-il là ? Il est le fils bâtard de Freud et de Marx, de la psychanalyse et du communisme, d’un fléau intellectuel et d’un fléau social, de sa mère et de son père. La religion de l Inconscient et celle de la Révolution ont coulé dans ses veines depuis l’enfance : c’est cette double violence exercée sur lui, ce double mensonge meurtrier du siècle, qui constituent les véritables personnages du roman. La révolte contre la tyrannie douce d une mère psychanalyste passe par la dénonciation de l’escroquerie du freudisme ; l’apostasie de la religion du père communiste passe par le règlement de comptes avec la légende léniniste. De sorte que l’extrême singularité du roman familial touche à l’universalité du roman générationnel. Roman total où l’on trouve de la drôlerie et de la sauvagerie, de la science et de l’histoire, une théorie de la morale et une pratique de l’auto fiction

Grasset 2001 - Collection : Littérature

Le fils de la sorcière et du loup

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Pablo a du mal à s’endormir. Il a décidé de prendre son courage à deux mains et d’éteindre la lumière. Mais derrière le rideau de sa chambre, se cache le fils de la Sorcière et du Loup…
Grasset 1999 - Collection : Lecteurs en herbe

Grasset 2004 - Collection : Trombones

Ma vie tropicale

ma-vie-tropicale“La vie n’est pas un roman, ni sous les Tropiques. Le goût de l’aventure me conduit dans les bains turcs de Mexico, sous les fougères arborescentes des ruines mayas… Mesurées à l’aune de ces désirs, mes visions deviennent des découvertes. En face de chez moi, les enfants sniffent de la térébenthine, vautrés devant la maison de William Burroughs, là où il a tué sa femme. Ils rêvent d’avoir un chef, une histoire légendaire que je pourrais leur écrire, pourquoi pas.
Un peu plus tard, je demande à un sourd et aveugle ce qu’est la tristesse avant le mot tristesse. La señora Guadalupe avait besoin d’un miracle, et au lieu de le filmer comme elle me le demande, je le mets en pièces. Mais c’est très beau, très intéressant, les pièces d’un mensonge. Le film que j’en tire, Anatomie d’un miracle, c’est la preuve qu’il me manquait à verser au procès que j’ai depuis longtemps intenté à la fiction, à l’imagination. Quant à ma famille, je l’avais presque oubliée, il faut la démonter elle aussi, avant qu’elle me broie.
Au bout du compte, je voudrais me montrer assez cruel pour qu’on ne me pardonne rien, et surtout pas au nom de l’écriture.
On ne peut pas saisir la morale de cette entreprise si on lui assigne un quelconque projet. Il s’agit d’un réflexe très simple, tropique, qui s’appelle la vie.”

Grasset 1999 - Collection : Littérature

Jean et Pascal

jean-et-pascalPascal est jaloux de son grand frère Jean et de son vélo flambant neuf. Il veut absolument l’accompagner en balade, mais Jean le sème rapidement. Le petit garçon, furieux, abandonne son vélo et part à l’aventure. Jean, de son côté, a retrouvé Isabelle au sommet de la côte, non loin du cimetière. Une belle évocation de l’enfance : rêve éveillé, jalousie du petit frère, séduction sont décrits avec finesse. Le récit aborde aussi le sujet de la mort avec humour et fantaisie.

Grasset 1998 - Collection : Lampe de poche

Forme d’amour 3 ou 4

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Le narrateur ? Christophe Donner lui-même, qui écrit : “On dira que ce livre est narcissique : tant pis - si le narcissisme est l’art de se changer en fleur”. On le trouve d’abord en Russie, où il commence un film : dernier défilé du 1er mai et “adieu” des communistes, description des lieux de drague, des tapins misérables, d’une pauvresse qui connaît Pouchkine par coeur, de la violence qui règne dans les boîtes de nuit, de la vie dans les kolhkozes… Après la Russie, l’Inde, ses ashrams, ses gourous - qui en prennent pour leur grade. Regards surprenants jetés sur une civilisation que, très souvent, on ne connaît que par ouï-dire. Mais pour le principal, le roman passe dans les lettres d’amour que Donner adresse à un Nicaraguayen resté à Paris. Un mot qu’il cite ici, de saint Augustin, pourrait le définir : “En effet, le poids entraîne le corps, comme l’amour entraîne l’esprit, où qu’il l’entraîne”. De plus en plus, Donner apparaît comme un écrivain “scandaleux” chez lequel domine, de façon primordiale, le sens de l’éthique.

Grasset 1997 - Collection : Littérature