Archive pour la catégorie ‘Christophe Donner - Livres’

Giton

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C’était un dimanche à cinq heures de l’après-midi, quelqu’un m’avait donné rendez-vous et n’était pas venu. Je marchais d’une façon irrésistible. Le jardin du Luxembourg était désert. L’angoisse cosmique du dimanche après-midi avait anéanti les chiens et les hommes, même les abeilles s’enfonçaient. C’est alors que je l’ai vu sortir des pissotières, tel le faon sortant des taillis. Il boutonnait sa braguette d’arlequin. Il a fait le tour de la pelouse et on s’est rencontrés un peu plus loin, dans les allées scientifiques du jardin, là où toutes les fleurs portent un nom. J’ai vingt ans, dit-il comme à la douane.
Le Seuil 1990 - Collection : CADRE ROUGE

Les sentiments

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D’amour, dit le père en sortant de la Bible. Je suis un homme d’amour, j’ai compris, c’est une épreuve. Il faut aimer Guillaume malgré ses lèvres. Il ouvre sa poitrine, grand et viril. J’en aurai la force, dit-il, il renifle l’horizon radieux, les sommets lumineux, il avale l’avenir et hop ! il bloque l’air dans ses poumons. Apnée. Il monte à l’étage, couloir porte, il entre dans la chambre, bloqué, bouffi, cramoisi d’amour, il avance vers le berceau, les yeux écarquillés à la façon des aveugles débutants. C’est ce soir ou jamais. Ce qu’il va faire demande autant de force que de prendre le bébé et le fracasser au sol. Il avance la main, ses doigts douloureux s’étirent vers la bouche de Guillaume. Il l’effleure ça y est, il effleure les lèvres qui ont la fraîcheur, l’humidité d’une plaie. Il se penche, il approche son visage très près, il va baiser les lèvres de Guillaume. Il va.
Le Seuil 1990 - Collection : CADRE ROUGE

Libres enfants

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Trois garçons forment depuis leur petite enfance une singulière fratrie.
Le jour de ses cinquante ans, Paul lâche sur un ton badin: “Est-ce que tu as eu des rapports avec Jean-Lou?” - et la chose cachée depuis la fondation de leur monde apparaît. Jean-Lou, c’est le beau-père, ex-soixante-huitard devenu mandarin d’une société qui lui assure l’impunité; il jouit de sa puissance, toujours sans entrave, sinon celle de l’âge et de la maladie. Le cancer de sa femme est dressé comme une dernière injonction aux “libres enfants” de leur montrer respect, admiration, reconnaissance, et amour.
En vain.

Actes Sud 2008

L’édifice de la rupture

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Pour les besoins d’un spectacle de danse, Christophe Donner avait accepté d’esquisser l’argument d’une chorégraphie propice à l’improvisation. Mais dès les premières répétitions, quelque chose advient qui brise le fragile édifice de l’art, mettant à nu la beauté et le désarroi des corps, le désir ou la honte de ce qui restait informulé. Telle une suite de gestes essentiels, tendus jusqu’à la rupture, la danse impose alors aux protagonistes bien des aveux auxquels ils croyaient se soustraire.

Actes Sud 1996

L’Europe mordue par un chien

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” Le train passe, Donner aboie.
C’est peut-être ce que l’on a écrit de plus méchant et de plus drôle sur l’humanitarisme moderne. Un jeune chien mord au mollet l’Europe des bons sentiments et des grandes causes. ”
Jérôme Garcin, L’Evénement du jeudi.
” C’est très drôle, pas vraiment gentil et ça fait beaucoup de bien. Le talent, sans doute, toujours le vieux truc. ” Michel Braudeau, Le Monde.

 

 

 

 

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Le décalogue

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Dix histoires qui transposent les lois bibliques dans notre siècle : dix histoires véridiques , advenues en France, en Amérique latine ou en Russie. Dix histoires dont le héros est un enfant.

Stock 2000

Contre l’imagination

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“Me suis-je jamais révolté contre l’imagination ? Non.”

Fayard 1998 - Collection : Littérature Française

Quand je suis devenu fou

quand-je-suis-devenu-fou” Dans le coup de foudre, dans la chute en amour, il tombe toujours cette question de ce qu’on va dire aux autres, aux amis, au monde entier. C’est de la vanité, parce qu’on n’est jamais assez fort pour garder le silence, garder le trésor en soi, en fusion, c’est impossible, il faut qu’on se vante, qu’on s’évente. Et moi j’étouffe de bonheur, j’écris, je suis pressé de dire ça à mon éditeur, excuse-moi pour dimanche de t’avoir posé un lapin, mais tu as gagné un livre. Parce que je vais écrire un livre sur Nick, je suis en train d’écrire un livre sur Nick, je lui ai dit, je l’ai averti, et il est d’accord, Nick, je lui ai demandé s’il voulait être le héros de mon prochain livre, et il a explosé de joie en disant: Bien sûr que je veux. Il parle anglais, mais je peux le faire parler comme je veux dans mon livre, dans un français qui convient à mon écriture, à mon désir, à mon rêve de garçon rencontré dans un bordel d’Amsterdam. ”

Fayard 1997 - Collection : Littérature Française

Mes débuts à la télé

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Elle a seize ans, se prénomme Solange, vit à Laval (Mayenne) et s’intéresse d’abord à son corps qu’elle juge (à son bon droit) superbe.
Un homme la remarque. Il cherche de ” vraies jeunes filles d’aujourd’hui ” pour une série télévisée.
Solange devient Léa et monte à Paris.
Boîtes, rencontres, castings, studios, bouts d’essais… la montée vers la gloire d’une native de la Mayenne, jamais dupe.

Fayard 1997 - Collection : Libres

Mes débuts dans les courses

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” Si vous voulez savoir ce qu’est un cheval intelligent, c’est exactement comme les gens: quelqu’un qui se laisse mener par sa curiosité.
Ceux qui aiment les courses, profondément, ne les aiment pas pour l’argent, ils ne tombent pas amoureux dans la perspective de tirer de cette liaison dangereuse un profit. Ils jouent. Ils crient, perdent, gagnent. Ils se font péter le coeur, la bourse, ils sont libres, ils n’ont pas d’enfants à nourrir, pas de traites à payer, ils y vont l’après-midi, quand tous les autres travaillent à des choses petitement rentables. ”

Fayard 1997 - Collection : Libres